Communauté Impossible
Parcours de recherche d'une autre société et de ses expressions en ligne







21/08/04

DE L'IMPORTANCE DU SIGNE ANODIN

Ainsi lors de vacances en Bourgogne (mon père suivait une cure thermale à saint-Honoré-les-Bains, il souffrait des allergies du printemps, et il fallait que cela cesse), j'ai tenu à faire partie d'une société secrète. Nous étions trois qui est le nombre minimun. Je ne me souviens plus aujourd'hui des prénoms de mes camarades.

Nous séjournions dans un camping. Dans le camping, il y avait un bosquet. Dans le bosquet, nous prêtâmes serment. Je ne me souviens pas du serment. Les secrets sont bien gardés. C'est le principe d'une société secrète. Avoir tous le même intérêt à rester bouche cousue. Si un membre a plus ou moins l'envie de divulguer le secret c'est que son appartenance à la société ne le satisfait pas. Bref, je ne souviens pas du serment. Mais il y avait un bosquet, et dans ce bosquet un lieu où nous nous retrouvions, où nous allions quand nous ne faisions rien. Nous avions repéré, mes camarades et moi, que nos cous d'enfants étaient ceints du même type de collier qui faisait fureur au début des années 80. (Ne prenez pas ça pour un renseignement sur mon âge.) Il est possible que quelques autres connaissances du camping possèdassent le même genre de collier. Je crois que c'est Yannick Noah, le joueur de tennis, qui contribua pour une grande partie à lancer ces colliers ; soit qu'ils furent fabriqués en Afrique, soit qu'ils parvinssent infailliblement à évoquer le continent noir. Ce collier se composait de minuscules tronçons cylindriques en une matière que je n'identifie pas. La suite de ces cylindres formait soit un algorythme, soit une symétrie ; le plus souvent les deux. A cette époque on en trouvait partout : sur les marchés, dans les boutiques de souvenir, dans les mains du premier vendeur ambulant venu. Ils étaient apparus sur le marché aussi vite qu'ils ont disparu par la suite. J'en ai conçu de l'amertume. Le marché prenait mes propres goûts à la légère. Il ne s'agit pas d'avoir des égards.

Mais enfin j'avais appartenu à une société ; et le symbole même de cette dernière avait disparu le lendemain ou presque. Certes, il eût été possible de continuer en gardant ce symbole, loin des critères expéditifs et cavaliers du marché. Mais ce collier serait devenu trop particulier, trop visible et serait vite devenu un signe distinctif comme un autre. Ils nous aurait désigné comme bande. Aux yeux du monde, nous étions fait comme des rats. Je vois ça de là.

Ce que je voyais surtout, c'était l'extrême avantage de se choisir un signe d'appartenance anodin.

13/08/04

LES SOCIETES SECRETES SONT AVANT TOUT SECRETES

Elles possèdent deux secrets qui sont pour elles comme des bijoux de famille : Le secret de leur réunion. Et le secret qui les dissimulent. Ce sociétés peuvent avoir d'autres secrets, mais ceux-ci ne sont que la conséquence des deux premiers. Elles prennent alors des allures mystérieuses, s'entourent d'ombres, de lumières tamisées, de cérémonials, de rituels pompeux, de faux-semblants, mais ce n'est qu'une organisation particulière, ou le simple travail du maître de cérémonie ou celui de l'éclairagiste. Il y aussi d'autres relations au sein de ce groupe qui prennent comme un air de conspiration. Mais ce sont des relations qu'une société non-secrète comme la notre qualifie de relations humaines. Je note tout de suite que par relations humaines nous n'entendons pas ce que le monde de l'Entreprise et de l'Administration entend : il ne s'agit pas d'exploitation de l'homme par l'homme. NON, LES SEULES RELATIONS HUMAINES SONT DES RELATIONS HUMAINES COMPLETES.

11/08/04

IL EST URGENT D'ATTENDRE

Mon intérêt pour les sociétés secrètes ne s'est jamais démenti. Il a commencé doucement, paresseusement, et il continue ainsi aujourd'hui ; c'est-à-dire sans l'air d'y toucher, avec une belle constance qui ne cesse pas de stagner et de s'ennuyer. On admettra qu'il est d'aucune utilité de nourrir des inclinaisons excessives pour des sujets sans intérêt. Ils ne méritent pas notre passion (ils ne la connaissent pas). Ils ne suscitent pas notre enthousiasme (alors que la moindre nouveauté nous emporte). A quoi bon s'acharner. Justement. Aucun acharnement. Faire les choses par habitude reste le moyen le plus sûr pour arriver à ses fins. Surtout quand cet intérêt est pressant. L'urgence est alors d'attendre, de remettre à plus tard afin de prendre du retard. Plus tu prends du retard, plus tu avances.

08/08/04

QUELQUES FORMES QUE PRENDRA LA RECHERCHE

La recherche doit être :

UN dans le temps constante et lucide, influentielle et surtout passionnée et

DEUX dans l'espace désintéressée, sociale, toujours fugitive.

Elle peut s'effectuer sans en avoir l'air, mais toujours les déplacements la favorisent. Ne pas rester longtemps au même endroit. Trouver un poste d'observation. Le tenir. Faire de brèves incursions. Puis continuer. Trouver des alliés. Partir à leur recherche. Identifier l'ennemi. Préparer. Agir.

07/08/04

Je ne suis rien d'autre que la recherche que j'entame sous vos yeux. J'ai oublié mon nom. J'ai oublié ce que j'ai appris. Je n'ai pas de profession digne de ce nom. Je ne me suis pas servi de mes dîplomes universitaires. Les femmes que j'ai aimées ne sont plus à mes côtés. Le monde m'apparaît comme la chose la plus courue au monde. Le territoire comme la chose la mieux quadrillée. Le temps comme la répétition de la même séquence mille fois jouées.

La vérité des époques se trouvant dans leurs nouvelles formes d'expression, vous me trouvez aujourd'hui sur la toile. J'écris en ligne comme plusieurs millions d'autres à travers le monde. A une autre époque vous m'auriez croisé dans les tavernes. J'y vendrais ma réputation pour une chanson. A une autre encore j'aurai pris le large à bord d'un voilier d'aventures. Explorez les limites du monde, il n'y a que ça de vrai.

Je sais qu'il y autre chose. Je ne sais pas quoi, mais il y a autre chose. Ce n'est pas possible autrement. Tout ce que je trouverai je vous le dirai.

Je ne suis rien d'autre que le commencement de cette recherche.

Je ne serai rien d'autre que le parcours de cette recherche.

Je serai Omar, ce docteur en rien. Je serai Phako, celui qui dévoile. Oui, je deviendrai mon propre nom :Omar Phako.