lumière virtuelle : rectificatif
J'ai donné une mauvaise explication de la génèse du pont dans le dernier post.
Je rappelle que le pont est ce qui fait le lien entre Lumière virtuelle (fiction) et Dorsay (fait divers), et que ce lien est fait par Sterling et Gibson.
Voici donc la génèse du pont dans Lumière virtuelle, qui est une prise d'assaut : Les classes moyennes trinquent, irrémadiablement destinés à finir en pauvre. A la suite de mesure anti-SDF (privatisation de l'espace public), le pont apparaît comme une sorte de vieux bateau sur le quai de l'oubli. Il est pris d'assaut. Plus tard la métaphore navale continue : prise en main de son destin sous forme du capitaine de bateau, dernier espoir en forme de radeau de la méduse.
La comparaison de Sterling et Gibson est dès lors problématique. Dorsay n'est pas une communauté d'hommes et de femmes. Dorsay n'est pas un pirate. Il cherche un toit et c'est déjà pas mal. Et grosse différence, ce sont les mesures anti-SDF qui le déloge. Ce n'est pas ce par quoi ils trouvent un refuge où une idée de vivre ensemble. A-t-il seulement retrouvé un toit ? On ne sait pas. On ne veut pas savoir. La seule valeur de Dorsay est d'avoir affaire éternellement à la police qui le déloge, nous disent les médias,
instances du contrôle. Aux médias qui vont jusqu'à filmer habitation et ses effets personnels et vendre la mèche. Et quand on tient une caméra vendre une mèche équivaut à l'allumer. Les caméras filment et brûlent la maison (haine de l'autre, exhibition de ses objets) : on ne reviendra pas ici.
Mais ce n'est pas tout ! Gibson et Sterling arrivent pour en rajouter une couche. Sterling dépose un post le 21 décembre sur le blog de Gibson. Ces deux spectateurs satisfaits de trouver là quelque chose comme la validation médiatique de leur prophétie S-F. Comment assurer le service après-vente des fictions, quand ses fictions sont aussi peu en prise avec le réel ? Par des détails : l'analogie du Pont, Dorsay déguisé en cyberpunk qui se branche sur le secteur et surtout le fait divers enfin déshumanisé, enfin transformé en image, en pur signe inoffensif. Haine de l'autre, exhibition séparée de sa défaite.