Oui donc je reviens. Les travaux saisonniers étant finis, je suis maintenant plus disponible. Et je voudrais vous entretenir de l'hypothèse dit de l'Indien. C'est une hypothèse de travail qui n'est pas anodine, d'ailleurs j'y met une majuscule. Elle ne l'est pas, anodine, pour deux raisons. La première étant la signification mythologique de l'indien dans l'imaginaire collectif américain du nord ; la seconde étant les conséquences pour cette recherche de la vérification effective de cette hypothèse.
Aujourd'hui c'est la première raison qui nous occupe : c'est sens du mythe de l'Indien. Non pas l'indien des westerns, non pas l'indien parqué ou disparu du territoire du XXème siècle, mais les débuts d'une histoire, la coexistence des indiens et des premiers colons. Voici quelques citations tirées de la TAZ, l'ouvrage de Hakim Bey, disponible en ligne, qui nous éclairent :
Première citation où l'on parle des premières vies américaines sur le continent, et de l'inadmissible mélange indien et immigrés européens.
On a appris aux Américains à l'école primaire que les premières colonies à Roanoke avaient échoué; les colons disparurent, ne laissant derrière eux que ce message cryptique "Partis pour Croatan". Des récits ultérieurs d'"indiens-aux-yeux-gris" furent classés "légendes". Les textes laissent supposer que ce qui se passa véritablement, c'est que les indiens massacrèrent les colons sans défense. Pourtant Croatan n'était pas un espèce d'Eldorado, mais le nom d'une tribu voisine d'indiens amicaux. Apparemment la colonie fut simplement déplacée de la côte vers le Grand Marécage Lugubre, et absorbée par la tribu. Les indiens-aux-yeux-gris étaient réels - ils sont toujours là et ils s'appellent toujours les Croatans.
Deuxième citation où l'on perçoit un possible parallèle avec Richard Dorsay. Il suffit juste de reconsidérer les misères de la servitude de l'époque et de les remettre au goût du jour (l'impasse de la consommation par exemple, à laquelle Dorsay et le discours de la vidéo apportent leurs propres réponses.)
Ainsi - la toute première colonie du Nouveau Monde choisit de renoncer à son contrat avec Prospero (Dee/Raleigh/l'Empire) et de suivre Caliban chez L'Homme Sauvage. Ils ont déserté. Ils devinrent "Indiens", "s'indigènèrent", ils préfèrèrent le chaos aux effroyables misères de la servitude, aux ploutocrates et intellectuels de Londres.
Troisième citation où il est clairement signifié que la recherche mystique réelle nord-américaine est clairement indienne. La référence à "l'état de nature" est la véritable expérience des colons qui savaient ne pouvoir reproduire la vieille Europe (il faudrait relire Thoreau.)
Les démocrates radicaux du Massachusetts (les descendants spirituels des Protestants radicaux), qui organisèrent la Partie de Thé, et crurent réellement que les gouvernements pourraient être abolis (toute la région de Berkshire se déclara dans un "état de Nature" !), se déguisèrent en "Mohawks". De cette façon, les colonisateurs, qui se trouvèrent soudain marginalisés vis à vis de la mère patrie, adoptèrent le rôle des indiens marginaux, cherchant ainsi (dans un sens) à acquérir leur pouvoir occulte, leur rayonnement mythique.
Ainsi un simple fait divers (je vous renvoie aux posts de l'hiver dernier) doublé d'un message vidéo (voir juin et juillet) signifie plus qu'il ne laisse entendre. L'écrivain Bruce Sterling ne s'était pas trompé, qui interpella son collègue William Gibson en décembre de l'année dernière. Si le chemin aller, c'est-à-dire celui qui mène à la TAZ, de la TAZ à Gibson, de Gibson à Dorsay, puis enfin de Dorsay à la Vidéo ne fait pas de doute du point de vue pratique et théorique, le chemin retour est à la fois plus complexe et moins lourd de sens (je m'expliquerai la prochaine fois.)